Halifax a été fondée en 1749 pour être la capitale de la Nouvelle-Écosse, mais en moins d'un an, la désertion et la maladie avaient dramatiquement réduit la population de cette collectivité surtout anglophone. Il y avait cependant parmi les premiers habitants des Allemands et des Suisses courageux dont le sérieux et la fiabilité ont impressionné les dirigeants locaux. Ces derniers ont donc persuadé le gouvernement de Londres de recruter des colons dans diverses provinces et principautés allemandes le long du Rhin, en Europe de l'Ouest.
Les Britanniques ont promis à ces nouveaux immigrants des terres gratuites, une année de nourriture, les outils et les engins nécessaires pour cultiver le sol ainsi que des matériaux de construction. Ceux qui ne pouvaient pas payer leur passage étaient tout de même invités à s'embarquer, mais à leur arrivée, ils devraient participer à des travaux publics, par exemple la construction de forts et de routes, jusqu'à plein paiement de leur dette.
C'est ainsi que de 1750 à 1752, quelque 2700 nouveaux colons sont arrivés à Halifax, la plupart originaires des régions de Palatinate, Württemberg, de Baden, Hesse-Darmstadt, de Suisse et de Montbéliard, petite principauté près de la frontière France-Suisse. Les nouveaux arrivants parlaient allemand, à l'exception de ceux de Suisse et de Montbéliard, qui parlaient français. Puisqu'à l'époque, religion et convictions politiques étaient souvent liées, ces immigrants étaient presque tous protestants, et pendant leurs premières années en Nouvelle-Écosse, ils étaient appelés collectivement « les Protestants étrangers » pour bien les différencier des Acadiens francophones.
En 1753, environ la moitié de ces arrivants quittèrent Halifax en bateau pour fonder une nouvelle collectivité appelée Lunenburg, dans la région South Shore de la Nouvelle-Écosse. Il leur a bien sûr fallu s'adapter puisqu'il fallait défricher la terre, construire des maisons, faire des semences et apprendre la pêche et l'agriculture, mais en moins d'une génération, ils étaient devenus autosuffisants.
Aujourd'hui encore, les descendants de ces premiers protestants étrangers constituent le groupe culturel prédominant dans le comté de Lunenburg. Ils se disent parfois « Allemands » ou « Néerlandais », mais les noms de famille comme Zwicker, Langille, Oxner et Moser, que portent de nombreux habitants de la région, sont considérés comme des noms néo-écossais véritables et anciens.
Après un court laps de temps, certains des premiers habitants de Lunenburg ont décidé d'aller s'établir ailleurs dans la province. À la fin du XVIIIe siècle, par exemple, certains sont allés vers l'est, à Baie St. Margaret, où le nom « Village français » nous rappelle que parmi les familles fondatrices, il y avait des Boutilier et des Dauphinée.
D'autres familles de Montbéliard – les Mattatall, Bigney, Tattrie et Mingo – ont traversé la province jusqu'au détroit de Northumberland où elles se sont établies à Tatamagouche et à River John, où elles se sont plus tard qualifiées de « Suisses ». Au début du XIXe siècle, des familles germanophones de Halifax et de Lunenburg se sont dirigées vers la côte est de la province, là où les pêches étaient abondantes. C'est ainsi qu'on trouve des Himmelman et des Romkey à Eastern Passage, des Nieforth à Three Fathom Harbour, des Bayer à Petpeswick, des Hartling à Port Dufferin, et des Rudolph à Marie Joseph et à Liscomb.
Les Protestants étrangers des années 1750 n'étaient pas les seuls immigrants germanophones des débuts de la Nouvelle-Écosse. À la fin de la révolution américaine, des dizaines de soldats hessois recrutés comme troupes auxiliaires pour service en Amérique du Nord ont choisi de rester et de fonder des familles dans la province, surtout près d'Annapolis. Ces soldats portaient des noms comme Baker, Stephens, Lintlop, Vieth et Aulenbach. Certains des Loyalistes américains (les « Tories ») venus en Nouvelle-Écosse comme réfugiés politiques après 1783 étaient aussi d'origine allemande.
Au fil de ans, des immigrants germanophones se sont occasionnellement ajoutés à la population, certains étant d'anciens combattants de diverses guerres du XVIIIe et du début du XIXe siècle, d'autres attirés par la ruée vers l'or des années 1860. Un chercheur d'or qui s'est fait remarquer est Francis Ellershausen qui a donné son nom à Ellershouse, dans le comté de Hants, où il a fait construire des maisons pour 32 familles d'immigrants allemands.
De nos jours, le meilleur endroit pour prendre connaissance de l'héritage des Protestants étrangers en Nouvelle-Écosse est Lunenburg, ville du patrimoine mondial de l'UNESCO. On peut admirer dans la vieille ville d'imposantes maisons en bois, parfois très élaborées, dont beaucoup ont toujours, au-dessus de l'entrée principale, une partie en porte-à-faux appelée « Lunenburg bump ». La choucroute, souvent avec graines de carvi, et la saucisse de porc appelée « Lunenburg pudding » sont de savoureux rappels des mets allemands qui ont traversé la mer jusqu'en Nouvelle-Écosse.
On peut aussi parfois entendre, dans la bouche de Lunenburgeois plus âgés, un mot ou une expression en allemand – rappel linguistique que dans beaucoup de familles, on parlait toujours allemand à la maison au début du siècle dernier. Venez nous voir à Lunenburg. Kommen sie mit? Vous venez?