En regardant une carte de l'Amérique du Nord, on se rend compte que le continent semble prendre une forme triangulaire vers le nord-est. La Nouvelle-Écosse est la dernière étape avant qu'il ne soit nécessaire d'embarquer sur un navire pour aller plus à l'est. Maintenant, imaginez la Nouvelle-Écosse comme la partie étroite d'un entonnoir qui s'ouvre vers l'ouest et le sud-ouest, vers le cœur de l'Amérique du Nord. Il est facile, avec cette image en tête, de voir comment et pourquoi la province est devenue la porte d'entrée du Canada et bien au-delà.
Avant que n'existent passeports et immigration formelle, les gens qui venaient d'outremer par bateau, et ils « arrivaient tout simplement, mettant pied ici principalement à Halifax, Yarmouth ou Sydney. La majorité ont poursuivi leur chemin, mais ceux qui sont restés étaient suffisamment nombreux pour faire une différence.
Il y a toujours eu en Nouvelle-Écosse, depuis le tout début, de petits nombres de Juifs. Nathan Levy et Samuel Hart, par exemple, étaient des marchands importants pendant les premières années de Halifax, et leurs descendants ont éventuellement été assimilés dans le reste de la population. Dans les années 1920, la collectivité juive de Halifax était suffisamment nombreuse pour qu'il y ait une synagogue et un rabbin en résidence.
Les immigrants arrivés par la suite, en particulier ceux qui arrivaient d'Europe de l'Est, se sont installés à Yarmouth et à Sydney. Le recensement de 1901 fait état de 449 personnes d'origine juive dans la province, et en 1921, ce nombre avait quadruplé à 2161, mais la population juive n'a jamais été très nombreuse. Au cours des dernières années, les familles Glube, Rose et Gaum ont occupé une place en vue dans la vie professionnelle et la vie politique de la province.
De 1885 à 1915, des centaines de Libanais – alors appelés « Syriens » – ont fui l'oppression et le génocide qui avaient cours au Moyen-Orient et choisi la Nouvelle-Écosse. Des noms de famille comme Abbass, Laba, Joseph et Amyooney constituent un groupe que certains qualifient de « Libanais anciens » pour les différencier des « nouveaux Libanais » arrivés après 1951, lorsque les règlements canadiens sur l'immigration ont été assouplis.
La plus grande porte jamais ouverte au Canada pour accueillir les nouveaux arrivants était le Quai 21, à Halifax. C'est là qu'accostaient les transocéaniques arrivant d'Europe et les navires amenant des immigrants des États-Unis. Comme Ellis Island qui accueillait les arrivants à New York, Quai 21 est l'endroit où tous les passagers qui débarquaient des navires passaient les formalités des autorités canadiennes des douanes et de l'immigration.
Ouvert en 1928, Pier 21 a fermé en 1971, et pendant cette période, a vu passer 1,5 million d'immigrants qui venaient s'installer au Canada – y compris les petits immigrants britanniques, 3000 enfants évacués d'Angleterre en 1940 – des milliers d'épouses de guerre et leurs familles après 1945, et quelque 200 000 immigrants venus d'Europe de l'Est et d'Europe centrale après la guerre. Beaucoup avaient quitté l'oppression et les privations derrière eux. Des milliers de personnes ont fui devant les tanks de l'Armée Rouge quand, en 1956, les Soviétiques ont écrasé l'indépendance en Hongrie et en République Tchèque en 1968. La majorité de ces arrivants, à peine débarqués et passés les formalités de l'immigration, traversaient la rue pour prendre un train vers une autre destination au Canada, mais des milliers ont tout de même choisi de rester ici et de se bâtir une vie nouvelle en Nouvelle-Écosse.
Les agriculteurs néerlandais arrivés en 1950 avec l'aide du Nova Scotia Land Settlement Board sont justement de ceux-là. Étonnés par les vastes étendues de terres non cultivées dans la province, ces immigrants ont revitalisé des fermes abandonnées ou sous-utilisées, notamment dans le comté d'Antigonish, dans la vallée de l'Annapolis et le long du détroit de Northumberland. Agriculteurs commerciaux possédant une solide éthique du travail, ils sont aujourd'hui de fiers Canadiens et exercent une influence positive dans notre province multiculturelle.
Après 1961, des dizaines de professeurs, de médecins et d'ingénieurs de l'Inde et d'Asie du Sud ont été attirés ici par l'expansion rapide des universités. Les années 1970 ont vue l'arrivée de Cypriotes, de Vietnamiens et d'immigrants en provenance d'Asie de l'Est et de l'Ouganda. Plus récemment, des réfugiés d'Europe de l'Est et des personnes d'origine musulmane se sont installés ici en nombre croissant.
Aujourd'hui, près d'une centaine d'ethnies sont représentées en Nouvelle-Écosse. Une consultation rapide du répertoire téléphonique de Halifax révèle des noms d'origine italienne, grecque, chinoise, portugaise, danoise, vietnamienne et des dizaines d'autres. Bref, la mosaïque multiculturelle de la province continue de s'enrichir.
Il n'y a évidemment pas de statue de la liberté sur l'île George dans le port de Halifax, et pourtant les mots d'Emma Lazarus pourraient s'y appliquer tout aussi bien :
« Donnez-moi vos pauvres, vos exténués
Qui en rangs serrés aspirent à vivre libres,
Le rebut de vos rivages surpeuplés
Envoyez-les moi, les déshérités, que la tempête m'apporte,... »
Aujourd'hui, le musée canadien de l'immigration au Quai 21 rappelle tous ceux et celles qui sont arrivés en Nouvelle-Écosse pendant le siècle dernier. C'est d'ici que, pour la première fois, ils ont jeté les yeux sur cette terre qui allait devenir la leur, et c'est un lieu imprégné d'une grande force.